mardi 15 décembre 2015

Une page se tourne

Je me rappelle l'année dernière à la même date. À quoi je pensais ? Comment je me sentais ? Comment je voyais l'avenir ?

Ce dont je me rappelle c'est que je n'étais pas très sereine. Je me sentais affaiblie, comme à bout de souffle. J'avais repris mes études de diététicienne et de manière assidue. Je me levais très tôt le matin pour étudier avant de continuer ma journée soit à étudier pour certains jours, soit à m'occuper de ma fille pour d'autres. Je préparais un défilé de rue à raison de 4 répétitions par semaine. J'avais malgré tout une grande forme physique. J'étais capable d'accumuler des heures et des heures d'activité dans une seule journée sans me reposer. Je m'étais en quelque sorte imposé plein d'activités car je voulais compenser le fait de ne pas travailler. Même si mon entourage ou mes amis ne me le disaient pas, je pensais que le fait d'être une femme qui ne travaillait pas en 2014 et qui s'occupait de sa fille, était une image pas très positive. Et je pense que je m'imposais cette vision péjorative de la femme au foyer, moi-même. J'ai ensuite vite atteint un stade de grande fatigue.

Enfin, les fêtes de fin d'année me permettraient d'apaiser un peu cette frénésie. Et puis nous sommes passé à 2015. Et rapidement j'ai compris que ce ne serait pas une année comme les autres, sans savoir pourquoi, comme une drôle d'impression. Les premiers 6 mois passèrent tranquillement. J'avais enfin ouvert mon blog. J'y postais beaucoup d'articles. Je faisais quelque chose qui me plaisait, en lien avec mon penchant créatif, ma douce folie, oublié pendant trop longtemps. Et je me plaisais bien à cette nouvelle situation. Je continuais mes cours de danse. J'avais la sensation que tout allait de mieux en mieux. Je me sentais vivre une vie...normale, en accord avec moi-même. 

Et puis le 15 juin 2015, je vais faire une échographie suite à la sensation de deux boules dans un sein. Et à la sortie, la radiologue a le visage grave et me dit de continuer les examens. Elle le soupçonnait presque à 100% sans rien me dire. Je faisais probablement un cancer...
Ma fille de presque deux ans était avec moi. Je l'avais récupérée à la crèche avant d'aller au cabinet de radiologie. J'ai eu en quelque sorte la chance qu'elle s'endorme avant de passer l'écho. Du coup elle n'a rien entendu de tout ça. Ni entendu mes sanglots dans la voiture en rentrant. Le lendemain nous prenions l'avion pour des vacances familiales en France.

La suite des évènements ? Tout le monde le sait. Après la biopsie, il y eu les résultats. Après les résultats il y a eu l'annonce aux proches. Il y eu le retour précipité à la Réunion. Il y a eu le bilan d'extension qui révéla d'autres tumeurs qu'on ne voyait ni à la mammographie ni aux échographies. Et il y a eu une mastectomie de programmée, dans l'urgence.

Tout est allé très vite. À mon retour de l'hôpital, j'ai eu du mal à réaliser ce qui se passait. Mais j'avais surtout la sensation d'être comme une enfant à qui on venait d'infliger une punition qu'elle ne comprenait pas. Je me suis sentie incapable de réfléchir. J'avais perdu toute lucidité. Les larmes venaient et repartaient sans arrêt. Et face à la gêne ou à la douleur des plaies, je réagissais avec indifférence, pour ne pas laisser les émotions l'emporter sur ma raison. Parfois j'étais froide et sans amour de moi-même pour ne pas sombrer. Le corps que je voyais n'était pas le mien, en tout cas pas pour l'instant.

Puis j'ai été rapidement rattrapée par la réalité. Mon cerveau se réveillait petit à petit. Et accompagnant ce réveil, un flot interminable de questions. Je me sentais errer dans un monde qui allait trop vite. Je voulais qu'on s'arrête deux secondes pour souffler et comprendre ce qui se passait. Et puis je me suis retrouvée devant comme un "Himalaya", une chaîne de montagne à parcourir pour trouver mes réponses. Et je devais commencer mon chemin. Sans savoir par où commencer, et presque seule. Alors j'ai pris le peu de courage qui me restait et parce que je voulais retrouver une vie normale, j'ai consacré tout mon temps libre à cette quête.

Je ne m'étendrais pas encore tout de suite sur le sujet, car récemment j'ai entrevu une vidéo qui parle de ce que j'ai ressenti. Je pensais que j'avais déjà cerné la question avant de découvrir la maladie, mais finalement je n'avais pas encore trouvé "ma divinité intérieure", le passage obligé avant de comprendre et de réaliser tout ce qui concerne la spiritualité. Ce que je me suis dit avant de commencer l'ascension de la première montagne de mon « Himalaya », c'est que je n'avais pas souffert tout ça pour ne rien découvrir, ni rien apprendre de cette expérience. Découvrir que l'on a un cancer génère une grande souffrance psychologique. À mes yeux il fallait qu'elle en vaille la peine, cette maladie. Sinon, cela aurait été un grand gaspillage de vie et de temps et de la souffrance inutile. Cette vidéo résume parfaitement ce qui c'est passé ces derniers mois. 

Bonnes fêtes à tous et à bientôt pour de nouveaux projets.







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