mercredi 17 février 2016

Une autre page se tourne


Je suis toujours en train d'arpenter mon Himalaya (article du 15/12/2015) et je découvre tous les jours de nouveaux paysages. Voyager ne me coûte pas cher. Je m'assoies, je ferme les yeux et je décolle. C'est ici que je puise tout ce dont j'ai besoin. 


Les traitements sont terminés depuis quelques semaines et physiquement je peine à sortir de la fatigue. Je suis toujours en train de me "retaper". Mais je comprends aujourd'hui de plus en plus quels ont été les réels effets secondaires du traitement. J'ai eu envie de me poser un peu pour voir concrètement ou en était cette image chahutée par les sentiments, les bistouris des chirurgiens et les litres de médicaments. Pour être honnête, j'ai la sensation d'avoir pris 10 ans. Le regard que l'on porte sur soi n'est jamais le même que celui que les autres portent sur nous. On a toujours la sensation que son miroir à soi est déformé. Avec l'appareil photo il n'y a pas beaucoup de déformations. Et en même temps l'appareil photo ne parle pas et ne juge pas. Donc ce qu'il va imprégner sur ses capteurs est dépourvu de toute subjectivité.


Ce qui est réel dans l'expérience d'une maladie c'est de rencontrer autant de gens ayant envie de témoigner de ce qu'ils vivent. Si j'avais eu un récepteur de pensées humaines quand je traversais les couloirs des hôpitaux, il aurait explosé tellement les pensées sont plus nombreuses et surtout plus explicites que les mots prononcés. J'ai surtout écouté les autres femmes parler. Et j'ai pu mesuré l'ampleur des dégâts causés par la présence de ces maladies en elles. Mon expérience personnelle et mes sentiments me revenaient en pleine face à chaque fois que je les écoutais. Pour mesurer la souffrance ressentie, sur une échelle de 1 à 10, on peut trouver une personne, voir plusieurs, à chaque chiffre.


Mon choix depuis le début avait été de minimiser les effets secondaires par tous les moyens et de garder une forme physique stable. Ce qui n'était pas évident. Plein de difficultés se sont accumulées. À chaque semaine, ses enjeux et ses défis. Et chaque jour, ses combats contre le spectre de la dépression, la morosité, l'inquiétude, le stress, et l'influence externe.


Bien des années avant cet évènement, je trouvais que l'être humain non-malade (dont j'en faisais partie) avait bien peu d'amour pour ses semblables malades. Je trouvais que la loi du plus fort s'exerçait et ça me répugnait. Me retrouvant dans l'autre camp, je constate que le monde réel n'est pas le même que celui ou celle qui bénéficie d'une bonne santé. On a beau se secouer la tête, se pincer et se donner des claques, un filtre tout particulier nous tombe devant les yeux. Le regard des autres change et entraîne dans son avalanche toutes sortes de jugements plus ou moins hostiles ou agréables. Il n'y a plus de passé, ni d'avenir. Seul compte le présent et ses inconnus x. L'équation devient presque insolvable et on frôle parfois l'absurdité.


Je me suis dit "Pourquoi je dois penser comme une personne sur le point de mourir?". Et si j'étais au contraire un nouveau-né? Un nouveau-né à la vie. Comme un nouveau-né, la lumière m'éblouissait. Comme lui, je ne comprenais pas ce que je vivais. Et comme lui je ne comprenais pas le monde qui m'entourait. Je devais donc faire comme lui: essayer de comprendre et apprendre. Je devais apprendre à parler une langue, à communiquer pour qu'on me comprenne, à exprimer mes sentiments, mon inconfort ou mon bonheur. Je suis née (ou née à nouveau) un 10 juillet (jour de mon intervention, visant à enlever toutes cellules malignes).


Je suis née le 10 juillet 2015. Et depuis ce jour je dois tout réapprendre. Alors à quoi m'ont servi les 36 années précédentes? À rien? Oh que si, elles ont servi à quelque chose. Mais elles n'existent plus. On accorde beaucoup d'importance au passé quand on a aimé sa vie. Quand on a eu beaucoup de soucis, en général, on préfère oublier. Quand on y réfléchit, le passé n'a aucune espèce d'importance. Seul le présent est réel. Donc seulement ce présent compte pour quelque chose. Quand j'ai pris conscience que j'avais laissé le passé me construire et me façonner tel que j'étais, un sentiment de révolte incompréhensible m'a envahit. Moi, façonnée par le passé? Pas question. J'avais trouvé le moteur pour traverser le désert que m'imposait cette maladie. Si 36 années m'ont amenée à vivre une maladie aussi grave c'est que quelque chose n'allait pas. Et pour combattre le spectre de la rechute (ce qui serait encore plus grave et peut-être même mortel), je devais faire quelque chose.


Aujourd'hui c'est le temps de la reconstruction. Les effets des traitements peuvent durer plusieurs mois. Et toujours dans le but de contrecarrer ces effets je continue à prendre soin de ce corps fatigué et vieilli de force. Maintenant on réapprend la Joie, l'Amour véritable, le Bonheur de vivre au présent, et à vivre en bonne santé.






3 commentaires:

  1. Très bel article ! Bravo Sharmila ! Bon courage pour les derniers effets du traitement.
    Bises
    Suzanne

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  2. Hâte de vivre l'instant présent avec toi, mon frère et votre piti bijou.
    Hâte d'écraser l'été passé par le prochain.
    Bel article, belle philosophie, belles photos, beau modèle, belle renaissance.

    A bientôt,
    Pierrot

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  3. Magnifique juste magnifique ton blog, tes photos et tes justes mots. Je te connais peu Sharmila mais saches que je te trouve très courageuse et du peu que je puisse je te soutiens. Affectueusement Adeline

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